Chendgoura (الشندقورة) et jaada (الجعدة) : diabète, foie et dangers
Mis à jour le 2026-09-14 · 8 min de lecture
Rédigé par l’équipe DiaNatura+ · Notre démarche

La chendgoura (الشندقورة, ivette musquée, Ajuga iva) et la jaada (الجعدة, germandrée tomenteuse, Teucrium polium) sont deux plantes amères vendues « pour le sucre » chez les herboristes algériens. Leur effet sur la glycémie n'a été observé que chez l'animal, sans preuve solide chez l'humain. La jaada a été mise en cause dans des hépatites aiguës, parfois graves : mieux vaut s'en abstenir ; la chendgoura, dont la sécurité n'a pas été étudiée chez l'humain, impose la prudence et ne remplace jamais le traitement.
Chendgoura et jaada en français : ivette musquée (Ajuga iva) et germandrée tomenteuse (Teucrium polium)
La chendgoura (الشندقورة, parfois écrit شندقورة) s'appelle en français l'ivette musquée, ou bugle ivette. Son nom botanique est Ajuga iva (L.) Schreb., de la famille des Lamiacées, celle de la menthe. C'est une petite plante vivace et velue, aux fleurs roses à pourpres, à l'odeur musquée et au goût très amer, qui pousse au Maghreb, dont l'Algérie, et autour de la Méditerranée. Le nom chendgoura s'emploie en darija en Algérie comme au Maroc ; d'autres appellations existent selon les régions.
La jaada (الجعدة) est une tout autre plante : Teucrium polium L., appelée en français germandrée tomenteuse ou pouliot de montagne, de la même famille des Lamiacées. C'est un petit sous-arbrisseau gris argenté et laineux, aux fleurs blanches ou rosées, à l'odeur aromatique et au goût amer ; malgré son nom de « pouliot », ce n'est pas la menthe pouliot. On la boit beaucoup en tisane au Maghreb comme au Moyen-Orient, et elle pousse à l'état sauvage en Algérie.
Fraîches, les deux plantes se distinguent : l'une est petite, velue et musquée, l'autre grise, laineuse et aromatique. Séchées, broyées et mises en sachet, elles se ressemblent, et chez les herboristes les plantes sèches sont souvent mélangées ou confondues. Or c'est la jaada dont le danger pour le foie est documenté : savoir ce que l'on boit est la première des protections.
La menthe pouliot, le fliou de nos cuisines, mérite la même prudence : notre guide menthe pouliot (fliou) : dangers et glycémie explique pourquoi l'huile et les tisanes concentrées sont à éviter, surtout pendant la grossesse.
Bienfaits de la chendgoura et de la jaada : ce que la tradition leur prête
La tradition maghrébine prête à la chendgoura plusieurs bienfaits : on la donne contre le diabète, contre la tension et pour la digestion. Dans certains milieux, on lui attribue aussi un pouvoir sur la fertilité, pour « avoir un garçon », ou sur le mariage : ce sont des croyances sans aucune base scientifique.
La jaada a une réputation voisine : au Maghreb comme au Moyen-Orient, sa tisane se boit contre le diabète, les douleurs d'estomac et la fièvre, et on se la conseille quand une analyse revient élevée. Beaucoup la boivent en pensant qu'une plante naturelle est forcément inoffensive, une idée que contredisent les cas d'hépatite publiés.
Leur forte amertume nourrit aussi l'idée qu'une plante amère « coupe le sucre ». Le goût ne dit pourtant rien de l'effet réel d'une plante ni de sa sécurité : la coloquinte (hanzal), extrêmement amère et vendue elle aussi « pour le sucre », est toxique. Une réputation ancienne mérite le respect, mais elle ne remplace pas une étude.
Chendgoura et jaada : que disent vraiment les études ?
Pour la chendgoura, les études en sont restées à l'animal. Chez le rat diabétique, des extraits aqueux de la plante ont fait baisser la glycémie et amélioré le profil des lipides du sang, dans des travaux menés notamment au Maroc. Les chercheurs y ont identifié plusieurs familles de molécules : des phytoecdystéroïdes, dont la 20-hydroxyecdysone, des diterpènes de type néo-clérodane et des iridoïdes. Mais aucun essai contrôlé n'a été mené chez l'humain, et les données de sécurité chez l'humain sont quasi inexistantes.
Pour la jaada, le tableau a deux faces : une baisse de la glycémie chez l'animal, sans preuve solide chez l'humain, et surtout un danger bien décrit par la littérature médicale. Des cas d'hépatite aiguë ont été publiés dans plusieurs pays du pourtour méditerranéen et du Moyen-Orient chez des personnes qui buvaient sa tisane : le bénéfice reste une hypothèse de laboratoire, le risque pour le foie a été observé chez l'humain.
Pour la chendgoura, aucun cas d'atteinte du foie n'est, à notre connaissance, clairement documenté. Ce silence n'est pas une garantie : elle contient des diterpènes de la même famille chimique que ceux mis en cause pour les germandrées, dont la jaada, et une plante peu étudiée chez l'humain peut avoir des effets que personne n'a encore cherchés.
| Question | Chendgoura (ivette musquée, Ajuga iva) | Jaada (germandrée tomenteuse, Teucrium polium) |
|---|---|---|
| Effet sur la glycémie | Baisse chez le rat diabétique avec des extraits aqueux, lipides améliorés | Baisse observée chez l'animal |
| Essais chez l'humain | Aucun essai contrôlé | Aucune preuve solide |
| Molécules identifiées | Phytoecdystéroïdes (dont la 20-hydroxyecdysone), diterpènes néo-clérodanes, iridoïdes | Diterpènes néo-clérodanes, mis en cause dans l'atteinte du foie |
| Foie | Aucun cas clairement documenté à notre connaissance ; même famille chimique, donc prudence | Hépatites aiguës publiées, parfois graves ; rechute possible si l'on reprend la tisane |
| Grossesse, allaitement, enfants | Jamais : effets inconnus, usages liés à la fertilité et à l'avortement | Jamais |
| Sous traitement du diabète | Risque d'hypoglycémie par addition, prudence pour le foie ; jamais sans l'avis du médecin | Risque d'hypoglycémie et risque pour le foie : à éviter |
| En résumé | Bénéfice non démontré, sécurité inconnue | Bénéfice non démontré, danger documenté : s'abstenir |
La chendgoura ou la jaada font-elles baisser le sucre ? La réponse honnête pour un diabétique
Chez l'humain, personne ne peut l'affirmer : les baisses de glycémie ont été vues chez l'animal, aucun essai contrôlé n'a testé la chendgoura chez des diabétiques, et la jaada n'a pas de preuve solide. Un résultat obtenu chez le rat ne dit pas ce que fera une tasse de tisane : on ignore quelle quantité pourrait agir, si le sachet contient bien la plante annoncée et ce qu'elle produit quand on la boit des semaines durant.
Une glycémie plus basse après quelques jours de tisane ne prouve rien non plus : le taux de sucre varie avec les repas, l'activité, le sommeil, le stress et la régularité du traitement, et l'on surveille souvent son assiette en même temps. Le vrai danger est de conclure que la plante « marche » et d'espacer ou d'arrêter ses médicaments : la glycémie remonte alors, parfois sans signe net.
Même un effet réel ne serait pas rassurant sous traitement : il pourrait s'ajouter à celui des médicaments qui baissent le sucre, comme l'insuline ou les sulfamides, et provoquer une hypoglycémie. S'y ajoute le risque pour le foie, dont l'atteinte complique le traitement du diabète : la metformine, par exemple, se déconseille en cas d'atteinte hépatique importante. Notre guide metformine et plantes explique pourquoi aucune plante ne s'ajoute à un traitement sans l'avis du médecin.
La même exigence vaut pour toutes les plantes « pour le sucre » : l'armoise blanche (chih), très présente elle aussi dans la tradition maghrébine, repose sur des preuves faibles. Aucune tisane ne remplace le traitement, et toute plante se signale au médecin avant d'être ajoutée, surtout sous metformine, insuline ou anticoagulants.
Chendgoura et jaada en Algérie : comment on les utilise, et pourquoi nous ne donnons aucune recette
En Algérie, la chendgoura et la jaada se vendent surtout séchées, entières ou broyées, chez les herboristes, sur les marchés et sur les réseaux sociaux, pour quelques centaines de dinars ; toutes deux poussent aussi à l'état sauvage. La jaada se boit avant tout en tisane (infusion ou décoction), la chendgoura en tisane ou sous d'autres formes selon les familles, et les deux entrent dans des mélanges « pour le sucre » dont la composition n'est pas toujours indiquée.
C'est justement cet usage courant qui pose problème : les hépatites publiées sont survenues chez des buveurs de tisane de jaada, comme détaillé plus bas, et aucune quantité de chendgoura n'a été évaluée chez l'humain. Voilà pourquoi nous ne donnons ni recette, ni nombre de tasses, ni durée de cure : aucune « dose sûre » n'est connue pour la jaada, et aucune donnée fiable n'existe pour la chendgoura.
Le commerce ajoute ses pièges : une fois broyées, les herbes amères se ressemblent, et rien ne garantit ce que contient le sachet. Si vous en avez acheté, gardez-le : en cas de problème, le médecin saura ce que vous avez bu.
Pourquoi la jaada est-elle dangereuse pour le foie ? Hépatite, signes d'alerte et personnes à risque
Parce que la jaada peut provoquer une hépatite aiguë. Des cas ont été publiés dans plusieurs pays du pourtour méditerranéen et du Moyen-Orient chez des personnes qui buvaient sa tisane depuis quelques semaines à quelques mois, souvent pour leur diabète. Certaines atteintes ont été graves, jusqu'à l'insuffisance hépatique, quand le foie n'assure plus ses fonctions. L'hépatite peut aussi réapparaître si la personne reprend la tisane après s'être rétablie, signe que la plante est bien en cause.
Les molécules en cause sont des diterpènes de type néo-clérodane, que le foie transforme en dérivés toxiques. Le précédent est connu : une cousine de la jaada, la germandrée petit-chêne (Teucrium chamaedrys), a été interdite en France en 1992 après une série d'hépatites liées à des gélules « minceur ». Aucune « dose sûre » de jaada n'est connue : mieux vaut s'en abstenir. La chendgoura contient des diterpènes de la même famille : même sans cas clairement documenté à notre connaissance, elle impose la prudence.
Ni jaada ni chendgoura, en aucun cas, pour le nourrisson et l'enfant, la femme enceinte ou qui allaite, ni en cas de maladie du foie, de consommation d'alcool ou de médicaments déjà exigeants pour le foie. La chendgoura est aussi à éviter quand on cherche à concevoir : ses usages traditionnels touchent à la fertilité et à l'avortement, et ses effets sur la grossesse sont inconnus.
Quelle que soit la tisane, certains signes doivent la faire arrêter aussitôt et conduire à consulter rapidement, en apportant la plante ou le sachet au médecin ; une prise de sang, le bilan du foie, permet de faire le point.
- Fatigue inhabituelle
- Nausées ou perte d'appétit
- Urines foncées
- Yeux ou peau qui jaunissent
- Démangeaisons
- Selles claires
- Dans tous les cas : arrêter la tisane, consulter rapidement avec la plante, faire le bilan du foie et ne jamais reprendre la plante
Chendgoura et jaada : quelle place dans une approche cohérente du diabète ?
Aucune place démontrée pour la chendgoura, aucune place du tout pour la jaada : la première n'a pas fait la preuve d'un bénéfice et sa sécurité n'a pas été étudiée chez l'humain ; la seconde, sans davantage de preuve, expose à un danger documenté pour le foie. Comme le harmel, elles rappellent qu'un usage ancien ne garantit ni l'efficacité ni la sécurité.
Les appuis solides sont ailleurs : comprendre son traitement et le suivre (voir les grandes familles de médicaments du diabète), mesurer sa glycémie, adapter ses repas, bouger et parler au médecin de toute plante. Si vous buvez de la jaada, le plus sage est d'arrêter et d'en informer votre médecin, qui jugera si un bilan du foie s'impose ; pour la chendgoura, parlez-lui-en avant de continuer.
Si un proche en boit, abordez le sujet sans le brusquer : l'essentiel est qu'il n'en cache rien à son médecin et qu'il connaisse les signes d'alerte. Précision de transparence : DiaNatura+ (moringa et curcuma) ne contient ni chendgoura ni jaada.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la chendgoura et comment s'appelle-t-elle en français ?+
La chendgoura (الشندقورة) est Ajuga iva, une petite plante vivace et velue de la famille des Lamiacées, aux fleurs roses à pourpres, à l'odeur musquée et au goût très amer. En français, on l'appelle ivette musquée ou bugle ivette. Elle pousse au Maghreb, dont l'Algérie, et autour de la Méditerranée ; les herboristes la vendent séchée, surtout « pour le sucre ».
Qu'est-ce que la jaada et quelle différence avec la chendgoura ?+
La jaada (الجعدة) est Teucrium polium, la germandrée tomenteuse ou pouliot de montagne : un sous-arbrisseau gris et laineux, à fleurs blanches ou rosées et odeur aromatique. La chendgoura est une petite plante velue, à fleurs roses à pourpres et odeur musquée. Séchées, elles se confondent. La jaada est liée à des hépatites publiées ; la chendgoura, aux molécules apparentées, impose la prudence.
La chendgoura fait-elle baisser le sucre ?+
Chez l'humain, rien ne le démontre. Des extraits aqueux ont fait baisser la glycémie et amélioré les lipides chez le rat diabétique, notamment dans des études menées au Maroc, mais aucun essai contrôlé n'a été mené chez des personnes diabétiques et sa sécurité n'a pas été étudiée. Elle ne remplace jamais le traitement et, sous médicaments, un effet éventuel exposerait à l'hypoglycémie.
Pourquoi la jaada est-elle dangereuse pour le foie ?+
Parce que des cas d'hépatite aiguë, parfois graves jusqu'à l'insuffisance hépatique, ont été publiés chez des personnes qui en buvaient la tisane depuis quelques semaines à quelques mois, souvent pour le diabète. Ses diterpènes néo-clérodanes sont transformés par le foie en dérivés toxiques. L'atteinte peut revenir si l'on reprend la tisane, et aucune dose sûre n'est connue : mieux vaut s'abstenir.
Quels signes doivent faire arrêter une tisane et consulter ?+
Une fatigue inhabituelle, des nausées, une perte d'appétit, des urines foncées, des yeux ou une peau qui jaunissent, des démangeaisons ou des selles claires. Dans ce cas, on arrête la tisane et l'on consulte rapidement en apportant la plante ou le sachet au médecin. Une prise de sang, le bilan du foie, permet de faire le point, et l'on ne reprend jamais la plante.
Peut-on donner de la jaada ou de la chendgoura à un bébé ou à une femme enceinte ?+
Non, jamais. Ni le nourrisson, ni l'enfant, ni la femme enceinte ou qui allaite ne doivent en boire. La jaada expose à des atteintes du foie documentées, et les effets de la chendgoura sur la grossesse sont inconnus alors que ses usages traditionnels touchent à la fertilité et à l'avortement. Pour un bébé qui souffre ou un souci pendant la grossesse, on consulte le médecin ou la sage-femme.
La chendgoura aide-t-elle à tomber enceinte ou à avoir un garçon ?+
Non. Ces croyances n'ont aucune base scientifique : le sexe du bébé se décide à la fécondation, et aucune plante ne peut le choisir. La chendgoura est même à éviter quand on cherche à concevoir, car on peut être enceinte sans le savoir et ses effets sur la grossesse sont inconnus. En cas de difficulté à avoir un enfant, un médecin peut en rechercher les causes.
Un diabétique sous traitement peut-il boire ces tisanes ?+
La jaada, non : mieux vaut s'en abstenir. La chendgoura, jamais sans en avoir parlé au médecin. Un effet éventuel sur le sucre pourrait s'ajouter à celui de l'insuline ou des sulfamides et provoquer une hypoglycémie, et une atteinte du foie compliquerait le traitement du diabète : la metformine, par exemple, se déconseille en cas d'atteinte hépatique importante. Aucune tisane ne remplace le traitement.
Sources et références
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. DiaNatura+ est un complément alimentaire, pas un médicament : il ne traite ni ne guérit aucune maladie. Consultez votre médecin, surtout en cas de traitement en cours.
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